Quinquennat Macron : quelles perspectives pour le secteur financier ?

Avec sa récente accession au pouvoir, le désormais Président Macron est venu à bout d’une campagne présidentielle qui a tenu la France, mais aussi le monde en haleine. Les enjeux étaient très forts : sortie de l’Europe, abandon de la monnaie unique, rétablissement des contrôles aux frontières, … ou poursuite du projet d’intégration européen, avec une dynamique nouvelle et une orientation redéfinie.
Pendant sa campagne, le candidat Macron a donné de nombreux gages de sympathie au secteur bancaire, et pourrait mettre en place des réformes très avantageuses pour un milieu dans lequel il a fait ses premières armes, en tant que banquier d’affaires. Il lui faudra toutefois convaincre une majorité de Français lors des législatives de juin 2017, afin de pouvoir mettre en place son calendrier de réformes sans avoir les mains liées. Mais à quoi doit-on s’attendre ?

Des marchés financiers confiants

Suppression d’emplois publics, baisses d’impôts pour les particuliers et les professionnels, allègement des charges, réforme en profondeur du Code du Travail afin de donner la primauté à l’accord d’entreprise dans les négociations, … sur le papier, cet ensemble de mesures (et toutes les autres) augurent d’un quinquennat marqué par le libéralisme économique, le libre-échangisme et l’intégration internationale. Les marchés financiers, qui avaient anticipé l’élection de l’ancien locataire de Bercy, n’ont pas fait de bond remarquable au lendemain de l’élection de M. Macron. Mais ils se portent en très bonne forme, tandis que les principaux voyants macroéconomiques montrent des signes d’amélioration.

La Taxe sur les Transactions Financières (TTF), également connue sous le nom de « taxe Tobin », ne devrait pas revenir sur la table pendant le quinquennat qui s’ouvre. Cette mesure, longtemps évoquée au lendemain de la crise de 2007-2011, a subi un coup d’arrêt très net sous François Hollande qui n’a pas souhaité la porter au niveau européen. Pour le Président Macron, cette taxe n’est « pas la priorité », comme il l’a expliqué le 24 mars dernier dans un entretien à Libération.

Enfin, l’ancien ministre de l’économie a exprimé son souhait d’assouplir les nombreuses règles auxquelles les principaux établissements bancaires et compagnies d’assurances ont dû se conformer, au lendemain de la crise de 2007-2011. Sous prétexte de prévenir les risques de crises mondialisées, les mesures adoptées ont placé l’économie dans une sorte de sclérose dont elle a du mal à se sortir : les banques ont été « désincitées à financer l’économie », selon les mots de M. Macron. Cependant, cette position est également celle défendue par de nombreux lobbies financiers. Elle fait fi des préoccupations légitimes vis-à-vis de la spéculation financière, des emprunts toxiques, des plans de rigueur budgétaire, et leurs effets nocifs sur l’économie réelle. Cette réforme de la législation bancaire bénéficiera aux grandes banques avant tout, mais il est possible que d’autres établissements de taille plus modeste tels que Boursorama ou ING Direct puissent aussi en profiter. Les néobanques, qui ont aujourd’hui le vent en poupe grâce à des offres très compétitives, pourraient aussi tirer leur épingle du jeu en gagnant en efficacité, comme N26 le fait actuellement.

La fiscalité du capital : bouleversements en perspective

Malgré son extrême importance, la remise à plat de la fiscalité du capital est une mesure qui est restée plutôt discrète dans la campagne présidentielle, qui donnait plus de place à des affaires qu’à des sujets de fond. Macron souhaite taxer à 30% les revenus tirés du capital (charges sociales incluses). Dans les faits, l’assurance-vie pourrait être durement touchée, alors qu’elle représente le mode de placement préféré d’une bonne partie de Français.  Les bénéfices de cette dernière sont déjà ponctionnés par l’Etat à hauteur de 7,5%, auxquels s’ajoutent 15,5% de prélèvements sociaux. L’ensemble des conseillers en gestion de patrimoine est donc très frileuse concernant cette réforme, car elle aurait un impact très lourd à la baisse sur le nombre d’ouvertures de contrats d’assurance-vie.

Macron - quelles réformes adopter en priorité ?

L’impôt à la source : peut-être bientôt d’actualité

Le prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source est l’un des grands chantiers mis en place sous le quinquennat Hollande, et laissé inachevé au gouvernement Philippe. S’il devait jusqu’ici rentrer en vigueur le 1er janvier 2018, M. Macron craint des risques importants de désorganisation des services administratifs. Avant de risquer un blackout fiscal au niveau national, le gouvernement souhaite mener une expérimentation sur un échantillon d’entreprises, avant de généraliser la mesure à l’ensemble du territoire. Le prélèvement à la source ne devrait donc pas réellement voir le jour avant le 1er janvier 2019, voire plus tard au cours du quinquennat.

Conclusion

Ces quelques réformes font partie d’un ensemble de mesures portées par le candidat Macron : certaines resteront à l’état d’annonces, d’autres seront effectivement implantées … mais globalement, l’élection d’un ancien banquier d’affaires en tant que Président de la République est une aubaine pour la sphère financière française. Peut-être que les effets sur l’ensemble de l’économie française seront, eux aussi, positifs. Le Président et son gouvernement ont 5 ans pour convaincre les Français, à commencer par les législatives. Car sans majorité, Macron et son équipe n’iront pas bien loin.