Face aux banques, les FinTechs sont-elles vraiment indépendantes ?

C’est une question qui parcourt le secteur depuis un certain moment, et qui s’est singulièrement amplifiée depuis le rachat du Compte Nickel, fine fleur de la FinTech française, par le géant mondial qu’est BNP Paribas. Les FinTechs mettent régulièrement en avant leur indépendance vis-à-vis du secteur bancaire traditionnel et l’image pas évidente à gérer qui lui colle à la peau. Mais cet argument est-il vérifié ?

Remise en cause de l’indépendance des FinTechs

Depuis quelques années, nous sommes submergés d’innovations plus utiles les unes que les autres au sein du secteur bancaire : flexibilité, instantanéité, remise à plat de l’expérience client, attention accrue à l’utilisateur, tarifs plus intéressants, … nombreuses sont les FinTechs qui arrivent à tirer leur épingle du jeu. Cependant, la collusion entre le milieu start-up et les grands groupes est de plus en plus transparente. Le Compte Nickel a fait beaucoup de bruit lors de son rachat par BNP Paribas, mais il n’est pas le seul. Fidor s’est allié à la Banque Populaire – Caisse d’Epargne (BPCE) pour étendre son rayon d’action, Simple a été récupéré par le groupe BBVA, la cagnote en ligne Leetchi est tombée dans l’escarcelle du Crédit Mutuel Arkéa. La banque Edel a même sauvé une FinTech, Morning, de la faillite … reléguant au placard les rêves de grandeur de cette dernière.

En ligne de mire de ces opérations de rachat, on retrouve très directement la question du financement de ces jeunes pousses dont les ambitions sont souvent revues à la baisse, par manque d’argent frais. Le seuil de rentabilité, véritable graal de l’entrepreneuriat, est souvent difficile à atteindre dans le cadre de produits bancaires dont le coût de développement est parfois très lourd. L’intégration des banques dans la balance permet de libérer des cash flows supplémentaires, pour porter le projet à maturité avant qu’il s’écroule par manque de liquidités.

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Alliances et partenariats : bonne idée ou aveu d’échec ?

En économie, et notamment sur des marchés très concurrentiels, les stratégies de croissance se basent bien souvent sur des alliances qui sont scellées avec d’autres groupes du secteur. Cependant, l’écosystème FinTech est un peu à part car il met bien souvent en avant son détachement des autres groupes du secteur bancaire, implantés depuis bien longtemps dans le paysage, et dont la réputation est parfois entachée de scandales plus anciens.

Alors entre le choix de la réussite économique et la trahison de ses propres valeurs, le choix est compliqué. Beaucoup de voix se sont élevées pour critiquer le choix stratégique du Compte Nickel, qui se présentait comme le “compte sans banque”, et qui a fini par se faire croquer par cette dernière, sous les traits de BNP Paribas. Mais en s’adossant à un acteur présentant une forte capacité de financement, le Compte Nickel s’est assuré de porter un cran plus loin son projet.

De plus en plus de projets FinTechs se développent d’ailleurs dans cette optique : le business model n’est pas viable à très long terme en tant que tel, mais l’innovation peut être juteuse si elle est rachetée à un bon prix par une grande banque, qui réussira à l’intégrer dans ses services déjà existants. Les perspectives d’amélioration des services pour le consommateur sont donc très réjouissantes, et devraient nous tenir en haleine pour encore quelques années : la transition digitale est loin d’être terminée !